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NobleZAck, 0/20 en histoire.

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    ProEcclesia bloger
  • il y a 4 jours
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Cet article est une réponse à une série d'affirmation de tiktokeur musulman Noble Zack provenant d'un live tiktok. Les propos sont rapporté ici (pas forcément dans l'ordre) suivit des réponses :



NZ : On a Ignace Antioche. Je ne vais pas rentrer dans le débat. Est-ce que sa lettre est authentique ou pas ? Alors, Peter Schäfer, qui est l'expert des lettres d'Ignace Antioch, dans son édition critique, il dit que toutes les lettres d'Ignace Antioch sont fausses.


Faux. Peter Schäfer n’est pas un spécialiste des lettres d’Ignace d’Antioche ; c’est un spécialiste du judaïsme, et, à ma connaissance, il n’a jamais écrit sur les lettres d’Ignace d’Antioche. Le plus probable est que NZ confonde bêtement Peter Schäfer et Philip Schaff qui est un auteur du XIXe siècle et qui n’est plus une référence aujourd’hui en ce qui concerne l’authenticité des lettres d’Ignace. De plus, dans l’introduction disponible de cet auteur désormais obsolète, Philip Schaff ne dit jamais qu’aucune des lettres d’Ignace n’est authentique.1



NZ : Elles sont faussement attribuées à lui. Il y a d'autres spécialistes qui utilisent ces certaines lettres, c'est la recension courte et pas la recension longue, parce qu'il y a une recension longue, il y a une recension courte.


Encore faux. De nos jours, on a plutôt tendance à parler non pas de deux recensions, mais de trois : la courte, la moyenne et la longue, nous ne sommes plus au XIXe siècle. Et c’est la recension moyenne, qui comprend sept épîtres, qui est considérée comme authentique par la majorité des chercheurs.

Par exemple, regardons ces déclarations récentes :

Catherine Broc-Schmezer (2016) « Pour diverses raisons, la critique actuelle tend à réaffirmer l'authenticité de ces lettres [...]. Les lettres d'Ignace nous sont parvenues sous trois formes: une recension brève, une recension longue et une recension moyenne, sur l'authenticité de laquelle s'accordent les critiques. »2

Enrico Norelli (2018) « on a le sentiment d’un retour en force de l’option de l’authenticité, même si elle n’a pas toujours été assortie d’une réfutation détaillée des arguments portés en faveur de la falsification. »3

Paul foster (2021) « De plus, cette recension moyenne peut également être comprise comme les écrits authentiques d’Ignace. Cela appuie l’interprétation classique des chercheurs et repose sur une série d’arguments avancés en faveur de cette position depuis la fin du XIXe siècle. »4

Jonathon Lookadoo (2023) « Jusqu’à présent, je continue de privilégier la recension intermédiaire comme la forme la plus ancienne des lettres à laquelle les lecteurs du XXIᵉ siècle peuvent se référer. Bien que peu d’éléments dans le reste de cet ouvrage dépendent entièrement de la datation précise de la recension intermédiaire, je considère comme très probable que les lettres soient authentiques. »5


Bien évidement il n'est pas question de dire qu'il n'existe pas d'autres positions, mais de montrer que la majorité penche vers l'authenticité de 7 lettres de Ignace et que NZ est en total décalage face à la recherche.




NZ : Le débat, ce qui est intéressant, c’est quoi ? C’est que pour les chrétiens qui considèrent les épîtres d’Ignace d’Antioche comme authentiques, cela pose un vrai problème. Pourquoi ? Parce qu’Ignace d’Antioche a vécu avant Irénée de Lyon. C’est quelqu’un de très proche de l’époque des apôtres. Ce qui est très intéressant, c’est que dans ses écrits — notamment au chapitre 10 — il parle des groupes judéo-chrétiens et essaie de les amener à sa propre doctrine. [...] Souvent, certains chrétiens disent : « Tous ceux qui rejettent la crucifixion sont des docètes », parce qu’ils refuseraient d’attribuer une nature humaine à Jésus. Mais ici, ce n’est pas le cas. Chez Ignace d’Antioche, à la fin du Ier siècle, il s’agit clairement de judéo-chrétiens : des Juifs qui reconnaissent Jésus comme Messie, mais sans adhérer nécessairement aux doctrines ultérieures. Ce qui est très intéressant, c’est ce que cela implique : ces Juifs messianiques n’avaient peut-être pas accès à un récit de la crucifixion ou de la résurrection tel qu’on le connaît aujourd’hui. Cela remet en question l’idée selon laquelle la crucifixion faisait l’unanimité dès le départ.



Encore faux. NZ mélange tous les sujets. Le passage dont il parle est celui-ci :

Magnésiens 9.1 :

« Si donc ceux qui vivaient dans l’ancien ordre de choses sont venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le sabbat mais le jour du Seigneur, jour où notre vie s’est levée par lui et par sa mort — quelques-uns le nient — mais c’est par ce mystère que nous avons reçu la foi et c’est pour cela que nous tenons ferme afin d’être trouvés de véritables disciples de Jésus-Christ, notre seul maître. »

Dans ce passage, l’expression « quelques-uns le nient » ne prouve pas qu’il y avait un groupe judéo-chrétien qui niait la mort de Jésus. Dans son commentaire des lettres d’Ignace, William R. Schoedel explique qu’ici, pour Ignace, « judaïser implique la négation de la mort et de la résurrection du Christ »6. Il ne s’agit donc pas de l’événement en lui-même mais plutôt d’un effet, dans le sens où la position des judaïsants tend à rendre caducs les effets de la crucifixion.

Schoedel voit aussi une référence au docétisme. Il écrit qu’on peut conclure qu’Ignace avait été informé de tendances judaïsantes relativement modérées à Magnésie, qu’il les perçoit comme une menace plus grande qu’elles ne l’étaient réellement et qu’il cherche à y répondre en suggérant un lien avec une menace plus dangereuse : le docétisme7. En effet, Ignace a aussi en vue les docètes dans sa lettre aux Magnésiens. On peut le voir au paragraphe 11 où Ignace dit : « Au contraire, soyez pleinement convaincus de la naissance, de la passion et de la résurrection survenues sous le gouvernement de Ponce Pilate. » Il est évident ici que la nécessité d’être convaincu de la naissance et de la mort ne vise pas les judaïsants, car ceux-ci ne niaient pas la naissance de Jésus.

Pour ma part, je pense qu’Ignace vise simplement des croyants qui s’attachent à des pratiques juives comme l’observance du sabbat et qui, de ce fait, ne reconnaissent pas pleinement la réalité nouvelle instaurée par la mort du Christ, sans qu’il soit nécessaire d’y voir une implication docétique niant la mort de Jésus. J’ai d’ailleurs échangé l’année dernière avec le spécialiste des épîtres d’Ignace, le Dr Jonathon Lookadoo, qui était d’accord avec mon interprétation :


NZ : Tu comprends ? Ce qui veut dire que l'idée que la crucifixion fait l'unanimité, et tout le tralala, tout le cinéma, non, c'est fou. C'est fou. Ensuite, ce n'est pas le seul. Ignace d'Antioche, dans sa lettre aux Smyrniotes — les Smyrniotes, c'étaient… Il y a aussi un groupe judéo-chrétien, qui est un groupe juif ayant accepté Jésus comme étant le Messie, qui considérait que Jésus n'a pas été crucifié. Ce qui est intéressant… Dans son épître aux Philadelphiens — les Philadelphiens, pareil — ce sont des chrétiens judaïsés, c'est-à-dire des Juifs qui croient que Jésus est le Messie, mais qui, en revanche, refusent la crucifixion. Ils ne croient pas que leur maître a été crucifié. Ce qui est intéressant, c'est quoi ? C'est qu'on voit que ces groupes de personnes n'avaient pas accès à des récits de la crucifixion ou de la résurrection dans les Écritures les plus anciennes. Et ce qui est intéressant, c'est qu'ils accusent Ignace d'Antioche d'avoir corrompu les Évangiles vers 110 après J.-C.


Faux. NZ ne comprend pas qu’Ignace évoque dans ses écrits à la fois les judaïsants et les docètes. On peut se demander s’il a déjà lu les écrits d’Ignace d’Antioche. Spoiler : non, il ne les a jamais lus.

Dans son épître aux Smyrniotes, au paragraphe 2, Ignace dit :

« Tout cela, il l’a souffert pour nous, pour que nous soyons sauvés. Et il a véritablement souffert, comme aussi il s’est véritablement ressuscité, non pas, comme disent certains incrédules, qu’il n’ait souffert qu’en apparence : eux-mêmes n’existent qu’en apparence, et il leur arrivera un sort conforme à leurs opinions, d’être sans corps et semblables aux démons. »

Cette idée selon laquelle le Christ n’aurait souffert qu’en apparence montre qu’Ignace vise ici des groupes docètes. Dans l’épître aux Philadelphiens, Ignace parle bien d’un contexte lié au judaïsme. Toutefois, il ne dit jamais que ces personnes niaient la crucifixion de Jésus ni que des judéo-chrétiens l’accusaient d’avoir falsifié l’Évangile. Le passage qui nous intéresse est le suivant :

« J’en ai entendu qui disaient : “Si je ne le trouve pas dans les archives, je ne le crois pas dans l’Évangile.” Et quand je leur disais : “C’est écrit”, ils me répondaient : “C’est là la question.” Pour moi, mes archives, c’est Jésus-Christ. Mes archives inviolables, c’est sa croix, sa mort et sa résurrection, et la foi qui vient de lui. C’est en cela que je désire, par vos prières, être justifié. »

Dans ce passage, Ignace ne dit jamais qu’il fait face à un groupe qui nie la crucifixion. Il parle de judaïsants pour qui une interprétation des Évangiles doit être fondée dans les « archives », c’est-à-dire les Écritures juives. Ignace répond simplement que son interprétation est déjà conforme aux Écritures. Comme le dit Paul Foster :

« Les opposants exigeaient une corroboration entre les Écritures juives et les Évangiles pour accepter un point d’interprétation. La réponse d’Ignace à ses interlocuteurs semble avoir été brève et, de leur point de vue, peu utile. Ignace s’est contenté d’affirmer que ce qu’il disait était écrit dans les Écritures. Ainsi, sa réponse consiste à déclarer : “C’est écrit.” Cela montre que l’impasse provenait d’une divergence herméneutique, c’est-à-dire d’une différence d’approche interprétative. »8



NZ : Et c’est intéressant parce que ces groupes judéo-chrétiens faisaient partie de l’Église de Jérusalem, qui était dirigée par Jacques, le frère du Seigneur (et non le fils de Zébédée). Donc, on comprend ici que Jacques enseignait certaines positions différentes, notamment sur la question du Messie.


Faux. Comme nous l’avons vu, Ignace ne dit jamais que les judaïsants niaient la crucifixion. De plus, si, comme l’affirme NZ, l’Église de Jérusalem niait la crucifixion, comment se fait-il que cette croyance ne soit reflétée dans aucun document ? Comment se fait-il que Paul ne mentionne jamais une telle idée ni n’en débatte, lui qui évoque Jacques dans ses épîtres aux Galates et aux Corinthiens ? Pourquoi Luc, qui rapporte un épisode avec Jacques en Actes 21, n’en dit-il rien non plus ? Si une telle croyance avait existé, elle aurait très probablement donné lieu à des débats importants, voire à un concile comme celui rapporté en Actes 15. On peut aussi se demander pourquoi aucun historien du Jésus historique ne soutient aujourd’hui qu’il existait, au sein de la première communauté de Jérusalem, une croyance selon laquelle Jésus n’aurait pas été crucifié.

Par exemple, pourquoi Jean-Paul Michaud affirme-t-il : « Il paraît inconcevable qu’il ait existé dans le territoire limité de la Galilée une communauté chrétienne ignorante du kérygme pascal ou s’y opposant, totalement séparée des autres chrétiens de Galilée et de leur réseau de communication »9 ? Pourquoi Bart Ehrman déclare-t-il : « Je doute fortement que mes opinions coïncident avec 99 % des croyances islamiques concernant Jésus. Pour une chose, je suis convaincu, sans l’ombre d’un doute, que Jésus a été physiquement crucifié et est mort sur la croix »10 ? Ou encore pourquoi les sceptiques du Jesus Seminar ont-ils conclu qu’« il y a peu de doute qu’il était aussi un guérisseur charismatique et un exorciste, et qu’il a finalement été mis à mort par les Romains vers l’an 30 de notre ère »11 ?

En bref, les spécialistes ne soutiennent pas l’idée qu’il ait existé une croyance en la non-crucifixion au sein de la première Église de Jérusalem.12



NZ : Ensuite, on a une source agnostique : l’Apocalypse de Pierre. L’Apocalypse de Pierre, qui, je le rappelle, était reconnue par le canon d’Irénée de Lyon. Tu es d’accord avec moi ? Parle-moi de la façon dont elle se présente. L’Apocalypse de Pierre a été écrite entre 100 et 150. C’est tout de même à peu près à la même époque que l’Évangile de Jean, le quatrième évangile. Elle soutient qu’une croyance apostolique attribuée à Pierre est que Simon de Cyrène a été crucifié à la place de Jésus. Cela est mentionné dans l’ouvrage The Formation of the Early Church Jostein Adna, qui est un spécialiste du christianisme des origines.Voilà, on a des sources qui sont claires et nettes : les premiers… enfin, pas exactement les premiers chrétiens, car ce n’est pas le terme le plus précis, mais en tout cas les Juifs qui ont reconnu Jésus comme le Messie refusaient l’idée de la crucifixion. Vous voyez ?


Totalement faux. Irénée de Lyon ne reconnaît pas l’Apocalypse de Pierre. NZ confond Irénée de Lyon avec Clément d’Alexandrie et/ou avec le fragment de Muratori. De plus, NZ commet une autre erreur car il existe plusieurs Apocalypses de Pierre.

Le texte mentionné par le fragment de Muratori et par Clément d’Alexandrie est l’Apocalypse paléochrétienne de Pierre, composée en grec mais conservée en grande partie en éthiopien et dans lequel la crucifixion n'est pas nié. En revanche, l’Apocalypse de Pierre qui nie la crucifixion est l’Apocalypse copte de Pierre découverte à Nag Hammadi. Il s’agit d’un texte différent et qui n’a jamais eu d'autorité au sein de l’Église.

De plus, l’Apocalypse copte de Pierre ne nie pas la crucifixion du corps de Jésus mais celle du Jésus céleste qui rit pendant que le Jésus terrestre est crucifié. Le texte ne mentionne à aucun moment Simon de Cyrène comme substitut. C’est Irénée de Lyon qui rapporte une telle idée en l’attribuant aux basilidiens, mais jamais à des judéens. Certains chercheurs pensent d’ailleurs qu’Irénée se trompe sur les croyances basilidiennes et qu’il a mal compris sa source.13


Conclusion.

NZ a raconté n’importe quoi du début à la fin. Il a confondu Peter Schäfer et Philip Schaff. Il ne connaît pas l’état de la recherche sur les épîtres d’Ignace d’Antioche. Il se trompe sur l’interprétation de l’épître aux Magnésiens. Il se trompe en affirmant qu’il n’y a pas de docétisme dans les lettres d’Ignace. Il se trompe en disant qu’Ignace faisait face à des judaïsants qui niaient la crucifixion. Il confond les différentes Apocalypses de Pierre. Il confond Irénée de Lyon avec le fragment de Muratori et Clément d’Alexandrie. Il se trompe sur le contenu de l’Apocalypse copte de Pierre. En bref, si on devait le noter, on pourrait lui attribuer un « Noble Zéro ».







  1. https://www.ccel.org/ccel/schaff/anf01.v.i.html

  2. Catherine Broc-Schmezer, Premiers écrits chrétiens, pp1217-1218

  3. Enrico Norelli, La tradition paulinienne dans les lettres d’Ignace, p520

  4. Paul Foster, , The Ignatian problem: The recensions of a letter corpus as a reflection of theological concerns and developments, pp29-30

  5. Jonathon Lookadoo, The Christology of Ignatius of Antioch, chap 1

  6. William R. Schoedel, Ignatius of Antioch: A Commentary on the Letters of Ignatius of Antioch, p124

  7. Ibid, p125

  8. Paul Foster, Ignatius of Antioch Redefining Identities and Creating Irreversible Separation, p256

  9. Jean-Paul Michaud, Passible des Historiens: Jésus de Nazareth, p10

  10. https://ehrmanblog.org/does-my-work-on-the-historical-jesus-confirm-the-quran/

  11. The Acts of Jesus: What Did Jesus Really Do? p527

  12. Voir mon listing de citations d'érudtis qui reconnsaissentla crucifixion comme historique https://proecclesia.wixsite.com/proecclesia/post/plus-de-120-spécialités-disent-que-la-crucifixion-est-historique

  13. Pour tous ces sujets voir mon article https://proecclesia.wixsite.com/proecclesia/post/apocryphes-dawah-et-crucifixion






 
 
 

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