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La christologie haute et les études du christianisme.

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    ProEcclesia bloger
  • 18 avr.
  • 14 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 avr.


Il existe un débat majeur dans la recherche sur le christianisme primitif concernant la divinité de Jésus. Au cours du 20e siècle, un large consensus s’est imposé dans les études néotestamentaires : Jésus n’aurait jamais revendiqué une origine ou une identité divine, et ses premiers disciples ne l’auraient pas non plus considéré comme tel. La croyance en un Jésus divin serait le résultat d’un développement théologique progressif, apparu vers la fin du Iᵉʳ siècle. Cette position, souvent qualifiée de « christologie basse », soutient que Jésus était initialement perçu comme un simple être humain (prophète, maître ou messie), avant que certaines communautés chrétiennes ne le comprennent progressivement comme un être divin préexistant.

Depuis la fin des années 1990 et surtout le début du 21e siècle, un nombre croissant d’érudits contestent ce consensus et défendent l’existence d’une christologie haute dès les origines du christianisme. La christologie haute, dans sa variante la plus affirmée, postule que Jésus lui-même a formulé des revendications impliquant une identité divine, et que cette conception était déjà présente parmi les premiers chrétiens d’origine juive. Contrairement à la christologie basse, qui voit en Jésus un homme progressivement divinisé, la christologie haute affirme qu’il était un être divin préexistant qui s’est incarné. Cette perspective replace donc la divinité de Jésus non pas comme une évolution tardive, mais comme un élément constitutif de la foi chrétienne primitive.

Deux générations de recherches sur la christologie haute

1. Années 1990 – années 2010 : une christologie haute très ancienne, mais peu centrée sur le Jésus historique

Parmi les chercheurs qui ont profondément renouvelé le débat figurent Larry Hurtado1, Richard Bauckham2, N. T. Wright3, Richard B. Hays4 et David B. Capes5. Ces auteurs ont démontré, chacun à sa manière, que la christologie la plus élevée (incluant la préexistence et la divinité de Jésus) était déjà présente dès les premières décennies du christianisme, et ce au sein même des communautés juives. Leurs travaux restent des références incontournables dans le domaine.

Cependant, ces chercheurs se sont principalement attachés à montrer l’existence d’une christologie haute très ancienne dans les textes du Nouveau Testament et dans les pratiques dévotionnelles des premiers chrétiens. Ils ont moins insisté sur la question de savoir si le Jésus historique lui-même avait formulé des revendications divines explicites.

L'autre vague : l’accent mis sur le Jésus historique et les évangiles synoptiques

Un groupe plus récent d’érudits a franchi une étape supplémentaire en s’intéressant directement à la conscience de soi du Jésus historique et/ou aux textes synoptiques. Ils soutiennent que Jésus a exprimé, par ses paroles et ses actes, une revendication d’identité divine et/ou que les synoptiques doivent s'interpréter comme reflétant une christologie haute (divine).


  • Peter Stuhlmacher, dans un article de 2005, il soutient que Jésus s’est présenté comme un Messie divin.

  • Sigurd Grindheim en 2011, il a défendu dans un ouvrage que Jésus se considérait comme Dieu.

  • Michael Bird, dans un chapitre de l’ouvrage collectif How God Became Jesus (2014, réponse directe à Bart Ehrman), soutient que Jésus s’est considéré comme Dieu.

  • Andrew Ter Ern Loke, dans The Origin of Divine Christology (2017), défend que Jésus a revendiqué et manifesté sa divinité, et que cette perception a été validée par la résurrection.

  • Stanley E. Porter et Bryan R. Dyer, dans Origins of New Testament Christology (2023), examinent les titres christologiques (Seigneur, Fils de l’homme, etc.) et concluent que ces titres reflètent une christologie très élevée ; ils estiment que Jésus lui-même se considérait comme divin.

  • Brant Pitre a publié en 2024 Jesus and Divine Christology, ouvrage qui défend explicitement une christologie haute ancrée dans les paroles et les gestes du Jésus historique.

  • Toujours en 2024 et 2025, plusieurs travaux ont renforcé cette orientation : Mikel Del Rosario (Did Jesus Really Say He Was God?), Scott Brazil (Jesus and YHWH-Texts in the Synoptic Gospels, qui étudie l’application des textes de YHWH aux Synoptiques), ainsi que des articles de Crispin Fletcher-Louis, Mike Licona et Brittany E. Wilson, tous favorables à une christologie haute dès l’origine.


Parmi ces ouvrages, trois me sont particulièrement intéressants.

Brant Pitre, dans Jesus and Divine Christology (2024), soutient non seulement que Jésus se considérait comme Dieu, mais aussi que les passages où il manifeste cette divinité sont historiquement fiables. Pitre adopte l’approche à trois niveaux élaborée par E. P. Sanders : la plausibilité contextuelle au sein du judaïsme du Ier siècle, la cohérence avec l’ensemble des données concernant Jésus, et les conséquences observables dans l’Église primitive. Par exemple, il démontre de manière convaincante que le procès de Jésus révèle une christologie haute et doit être considéré comme un événement historique.

Mikel Del Rosario, dans Did Jesus Really Say He Was God? (2025), propose une étude très proche de celle de Pitre, bien qu’il examine moins de passages. Comme Pitre, il accorde une place importante au procès de Jésus, mais il adopte une méthode différente : il utilise les critères d’authenticité traditionnels, alors que Pitre les rejette en grande partie. Malgré cette différence méthodologique, les deux auteurs aboutissent à des conclusions très similaires, ce qui justement rend ces deux ouvrages très intéressant.

Scott Brazil, dans Jesus and YHWH-Texts in the Synoptic Gospels (2024), adopte une approche différente. Il ne cherche pas à défendre l’historicité des passages, comme le font Pitre et Del Rosario, mais à mettre en évidence le phénomène des « YHWH-texts » : des passages de l’Ancien Testament qui concernent le Dieu d’Israël (YHWH) et qui sont appliqués à Jésus dans le Nouveau Testament. Brazil étudie systématiquement ce phénomène dans chacun des trois évangiles synoptiques, en leur consacrant un chapitre distinct.



Bien évidemment, mon objectif ici n’est ni d’être exhaustif, ni de prétendre que cette position est la seule dans le monde universitaire – loin de là, puisque beaucoup d'érudits considèrent encore que le Jésus historique n’avait aucune prétention divine. Ce que je cherche à montrer, c’est qu’un mouvement croissant se dessine sur ce sujet et que de plus en plus de chercheurs adoptent aujourd’hui une christologie haute, en la faisant remonter directement au Jésus historique lui-même, dans le contexte du judaïsme palestinien du 1er siècle. Ce tournant est bien illustré par les propos de K. J. Drake dans sa review du livre de Brant Pitre, parue en décembre 2025 dans le journal académique d’Oxford University Press :

« La recherche sur le Jésus historique a largement rejeté a priori, ou du moins négligé, les questions concernant les prétentions de Jésus à la divinité. La question de savoir si Jésus se considérait comme divin a longtemps été jugée comme dépassant les limites du projet historique. Cette position apparaît toutefois de plus en plus en décalage avec le consensus croissant selon lequel la christologie la plus ancienne présentait Jésus comme un être préexistant, céleste et divin.6 »









Citations d'érudits sur la christologie haute.




Scott Brazil

Le caractère omniprésent du phénomène des « textes de YHWH » dans les Évangiles synoptiques, en particulier du fait qu’il est régulièrement employé par Jésus lui-même, suggère que Jésus est à l’origine de cette pratique. Intégrées dans chacun des récits synoptiques se trouvent diverses déclarations et actions de Jésus qui rappellent des textes concernant YHWH. Il s’identifie lui-même à YHWH par l’application de révélations de l’Ancien Testament propres à YHWH. Et cette pratique constitue très probablement le fondement sur lequel chaque évangéliste applique des textes de YHWH à Jésus tout au long de ses propres descriptions narratives, ainsi que (parfois involontairement) dans les paroles d’autres personnages.

Jesus and YHWH-Texts in the Synoptic Gospels, p177



Mikel Del Rosario Jésus a-t-il vraiment dit qu’il était Dieu ? Oui, mais pas de la manière dont la plupart des gens aujourd’hui s’attendraient à ce qu’il le dise. Il revendique implicitement la divinité à travers une combinaison de ses paroles et de ses actions. Les données historiques issues des récits marcaniens des accusations de blasphème montrent que les ennemis de Jésus pensaient qu’il revendiquait une autorité divine sur la terre pour pardonner les péchés, ainsi qu’une autorité divine dans le ciel pour juger les péchés — ce qui indique son autorité sur l’ensemble de la réalité. Cela le place au-dessus des anges ou de tout dirigeant humain considéré comme divin en un certain sens (par exemple Alexandre le Grand ou César Auguste), car aucun de ces personnages n’était censé posséder une autorité sur toute la réalité. Si les prétentions divines de Jésus sont vraies, alors il y a de bonnes raisons de croire qu’il est plus qu’un simple homme : il est Dieu tout-puissant.

Did Jesus Really Say He Was God? chap12



Stanley Porter & Bryan Dyer

Par conséquent, il n’est pas nécessairement pertinent ni même nécessaire, pensons-nous, de poser la question de savoir comment Jésus est devenu divin. La véritable question est plutôt : comment Jésus et ses disciples ont-ils exprimé sa divinité au moyen de ces traditions sacrées ? Ils l’ont fait en trouvant un langage, des formulations, des représentations, des figures et des catégories appropriés au sein du monde religieux complexe du Ier siècle, afin d’exprimer leur conviction — personnelle dans le cas de Jésus, confessionnelle dans celui de ses disciples — que Jésus n’est pas devenu Dieu, parce qu’il était déjà Dieu. Ils ont dû exprimer son caractère divin de manière à résonner avec le monde dans lequel ils vivaient. Chacun des titres étudiés dans cet ouvrage contribue à une christologie élevée en montrant, parfois de manière explicite et parfois plus subtile, que Jésus est perçu par les auteurs du Nouveau Testament — et même parfois par lui-même — comme possédant un caractère divin et accomplissant des fonctions rédemptrices et salvifiques pour le peuple de Dieu. Les auteurs du Nouveau Testament n’ont pas limité Jésus aux catégories des titres qu’ils utilisaient. Au contraire, en s’appuyant sur les précédents des traditions sacrées, ils ont élaboré un langage approprié pour exprimer de manière plus riche et plus parlante le caractère divin unique de Jésus.

Origins of New Testament Christology: An Introduction to the Traditions and Titles Applied to Jesus, conclusion



Brittany E. Wilson

Enfin, définir la divinité en termes de « fluidité divine » peut éclairer la question par laquelle nous avons commencé : Jésus est-il divin dans le même sens que Dieu l’est dans le Nouveau Testament ? Lu à travers le prisme de cette fluidité divine, la réponse est à la fois oui et non. Jésus est, d’une certaine manière, Dieu, tout en étant distinct de Dieu. Selon cette perspective, cette relation à la fois distincte et unifiée ne caractérise pas seulement la relation entre Dieu et Jésus dans l’Évangile de Jean, mais aussi dans les Évangiles synoptiques, le livre des Actes, et au-delà. Ainsi, la manière dont le Nouveau Testament décrit cette relation présente une étonnante concordance avec les formulations chrétiennes ultérieures, selon lesquelles Dieu et Jésus sont des personnes distinctes tout en étant un.

Christology in the New Testament: Gospels and Acts in The Cambridge Companion to Christology



Crispin Fletcher-Louis

Cependant, ces points de connexion formels, et d’autres similaires, entre les matériaux christologiques les plus anciens ne s’expliquent pas au mieux par la théorie selon laquelle c’est une religiosité non juive ou une spéculation philosophique qui aurait conduit les disciples de Jésus à croire en sa divinité. Il existe principalement trois raisons de rejeter une telle hypothèse.Premièrement, il existe des preuves accablantes selon lesquelles une dévotion christologique précoce et un monothéisme christologique sont apparus d’abord dans le contexte pleinement juif de la communauté palestinienne post-pascale, où la pratique et la croyance étaient façonnées par un engagement envers les exigences monothéistes des Écritures d’Israël et du culte du Temple.

[...]

Contre la vision dominante d’un monothéisme exclusif et absolu, certains chercheurs ont depuis longtemps mis en évidence des éléments montrant que la théologie d’Israël était bien plus ouverte aux types d’affirmations que les premiers chrétiens ont faites à propos de Jésus qu’on ne l’a généralement supposé. En effet, des études récentes proposent une compréhension renouvelée de la religion biblique et du judaïsme du Second Temple, qui rend mieux compte de la manière dont Jésus parle et agit, ainsi que du passage entre sa propre compréhension de lui-même et son adoration comme étant inclus dans la sphère divine.

Jewish and Hellenistic Factors in Early Christology in T&T Clark Handbook of Christology




Sigurd Grindheim

J’ai soutenu que Jésus parlait et agissait avec une autorité que l’on pensait réservée à Dieu seul. Il comprenait sa relation à Dieu comme celle d’un fils à la fois égal et subordonné au Père. Les données examinées dans les chapitres précédents ont été étudiées de près par de nombreux chercheurs. La plupart d’entre eux parviennent à des conclusions très différentes de celles proposées ici. Ils se contentent de reconnaître que Jésus revendiquait représenter Dieu avec une autorité supérieure à celle de tous ceux qui l’avaient précédé. Mais ils ne voient pas en Jésus l’égal de Dieu. Par rapport à ces études antérieures, le présent travail présente un triple avantage. [...] Le Jésus qui se dégage alors est un Jésus qui a dit et fait ce que seul Dieu pouvait dire et faire. Ses prétentions n’ont aucun équivalent dans les attentes juives concernant le Messie, ni dans les conceptions juives relatives aux figures glorieuses du passé d’Israël, aux anges les plus élevés, ni même au Fils de l’homme céleste. Selon les sources juives contemporaines, ces agents divins ne s’opposent pas directement à Satan et n’inaugurent pas la nouvelle création. Ils ne pardonnent pas les péchés et ne prononcent pas de manière autonome le jugement eschatologique final. Ils ne mettent pas leur propre autorité en opposition avec celle de la parole de Dieu. Ils n’exigent pas non plus une fidélité qui primerait sur les commandements de Dieu.

God’s Equal: What Can We Know about Jesus’ Self-Understanding in the Synoptic Gospels? pp219-220




Brant Pitre

En résumé, d’un point de vue historique, la meilleure explication du fait que la christologie la plus ancienne était une christologie divine est que Jésus lui-même a parlé et agi comme s’il était un messie divin. De même, la meilleure explication du fait que la première opposition aux disciples juifs de Jésus est venue de responsables de Jérusalem qui estimaient qu’ils commettaient un blasphème est que Jésus lui-même a dit et fait des choses que certains de ses contemporains jugeaient blasphématoires. Enfin, la meilleure explication du fait que l’Église primitive ait mis plusieurs siècles à débattre et à discuter de la manière dont Jésus pouvait être à la fois le messie divin et pourtant distinct du « seul Dieu, le Père tout-puissant », est que Jésus lui-même avait parlé et agi comme s’il était divin sans pour autant abandonner le monothéisme juif ancien.

Autrement dit, en ce qui concerne le principe de Joseph Klausner selon lequel ex nihilo nihil fit (« rien ne vient de rien »), il semble raisonnable de conclure que la « fumée » de la christologie divine primitive provient du « feu » des propres revendications divines de Jésus ; que la « fumée » des premiers martyres judéo-chrétiens provient du « feu » des désignations de soi apparemment « blasphématoires » de Jésus ; et que même la « fumée » de Nicée, avec sa christologie résolument monothéiste — après un long, très long chemin de développement doctrinal — trouve son origine ultime dans le messianisme divin de l’homme de Nazareth.

Jesus and Divine Christology, pp350-351



Michael F. Bird

Je pense que le sujet abordé dans ce chapitre est important. Quelqu’un a dit un jour : « L’Église ne peut pas indéfiniment continuer à croire à propos de Jésus ce qu’il ne savait pas lui-même être vrai. » Si Jésus ne pensait pas être Dieu, il ne semble pas viable que l’Église continue à professer la foi en lui comme Dieu. Si Ehrman a raison, si Jésus n’a jamais revendiqué, en un sens significatif, d’être « divin », alors les affirmations centrales du canon et du credo chrétiens sont vides de sens.

Ehrman soutient que Jésus se considérait comme le Messie, mais non comme Dieu. Il attendait la venue d’une figure appelée le « Fils de l’homme » pour instaurer le Royaume dans l’avenir, et les passages des Évangiles qui identifient explicitement Jésus comme divin seraient des inventions ultérieures de l’Église primitive. Je conteste ces affirmations.

Premièrement, j’ai commencé par souligner certains problèmes méthodologiques dans l’approche d’Ehrman. Plus précisément : (1) le scepticisme d’Ehrman quant à la possibilité de reconstituer le texte du Nouveau Testament est difficilement compatible avec son utilisation de celui-ci comme source principale dans la recherche historique ; et (2) son recours à plusieurs critères supposés établir l’historicité des textes est problématique et ne constitue pas un indicateur fiable pour déterminer l’authenticité historique des Évangiles.

Deuxièmement, les objectifs de Jésus doivent être compris dans le contexte des espérances juives de restauration pour l’avenir, au cœur desquelles se trouvait le retour de YHWH à Sion. Jésus croyait que ce retour s’accomplissait en sa propre personne : Dieu devenait roi, et le jour du jugement et du salut était proche. Cette conviction peut être mise en relation avec plusieurs de ses actions, qui suggèrent qu’il parlait non seulement avec une autorité divine directe, mais qu’il agissait aussi de manière à s’identifier à l’action même de Dieu dans le monde. Troisièmement, contrairement à Ehrman, Jésus s’est bel et bien désigné comme le Fils de l’homme. Les paroles concernant un Fils de l’homme futur prennent le plus de sens si Jésus parle de lui-même comme du sujet principal (par exemple Matthieu 19,28 / Luc 22,30). S’il parlait araméen, l’expression bar enash était utilisée par Jésus de manière définie pour se désigner lui-même comme la personne évoquée. De plus, lors de son procès, il a très probablement affirmé qu’il se considérait comme la figure décrite en Daniel 7,13–14 et qu’il était légitimement intronisé aux côtés de Dieu.

Quatrièmement, le témoignage de l’Évangile de Jean contribue de manière significative à notre compréhension de Jésus, bien que de façon indirecte. L’évangéliste johannique interprète la tradition sur Jésus selon une orientation théologique spécifique, mais il partage avec les autres évangélistes une conception de Jésus comme Messie et Fils unique de Dieu, en qui Dieu est pleinement révélé. Si j’ai raison, si cet argument possède cohérence et solidité, alors la synthèse de Craig Evans est particulièrement appropriée : « La divinisation de Jésus-Christ dans le Nouveau Testament, telle qu’on la voit surtout dans les théologies de Paul et du quatrième évangéliste, trouve ses racines dans les paroles et les actions du Jésus historique. »

Did Jesus Think He was Godn? in How God Became Jesus




Andrew Ter Ern Loke

Concernant la question historique de savoir si Jésus a revendiqué une véritable divinité, l’historien doit fonder son jugement sur des considérations historiques — telles que celles énumérées ci-dessous — plutôt que de décider à l’avance si une intervention divine est possible ou non, puis d’en tirer ses conclusions. Les considérations historiques établies dans cet ouvrage incluent notamment les suivantes : La conviction que Jésus était véritablement divin était déjà présente chez les premiers chrétiens. Cette conviction était partagée par des Juifs profondément attachés à leur monothéisme, avec sa stricte distinction entre Créateur et créature. L’adoration d’une autre figure (c’est-à-dire Jésus) aux côtés de Dieu le Père a probablement constitué le changement le plus radical pour ces Juifs chrétiens. Parmi ceux qui soutenaient cette conviction figuraient des chrétiens juifs traditionalistes opposés à Paul. Les premiers chrétiens n’évitaient pas les désaccords sur des questions importantes, et des traces de ces divergences apparaissent dans les premiers documents chrétiens. La conviction de la divinité de Jésus était répandue et persistante dès le début, sans trace de désaccord à ce sujet dans les sources les plus anciennes. Au contraire, certains indices suggèrent que Paul considérait les saints de Jérusalem comme pleinement chrétiens, reconnaissait l’autorité de leurs dirigeants et annonçait le même évangile, ce qui implique que sa christologie élevée était aussi celle des chrétiens de Jérusalem. Compte tenu du monothéisme juif strict des premiers chrétiens, il est peu probable que l’idée d’adorer un être humain — qu’ils avaient suivi de près — provienne d’eux-mêmes. Même si tel avait été le cas, il est peu probable que d’autres chrétiens aient adopté et maintenu cette idée, surtout s’ils savaient que Jésus lui-même ne la partageait pas. De plus, certains des premiers disciples auraient défendu la pensée authentique de Jésus contre toute déformation, ce qui aurait empêché une reconnaissance généralisée de sa divinité. L’idée d’adorer Jésus comme homme aux côtés de Dieu tout en maintenant un monothéisme strict était difficile à concevoir et à soutenir. C’était une idée désavantageuse à promouvoir. Les premiers chrétiens tenaient à transmettre fidèlement les enseignements de Jésus et s’intéressaient à ce que le Jésus historique pensait réellement de l’adoration qui lui était rendue. L’idée selon laquelle il est essentiel, pour connaître l’identité d’une personne, de savoir ce qu’elle pense d’elle-même et ce qu’elle fait était déjà présente chez les chrétiens du Ier siècle. La meilleure explication historique à la diversité des croyances et pratiques particulières des premiers chrétiens est qu’ils suivaient Jésus. En ce qui concerne la question historique de savoir si Jésus a été perçu comme revendiquant une véritable divinité, l’ensemble de ces considérations constitue un faisceau d’indices en faveur de cette idée.

The Origin of Divine Christology, chap8











  1. Lord Jesus Christ: Devotion to Jesus in Earliest Christianity

  2. Jesus and the God of Israel: God Crucified and Other Studies on the New Testament’s Christology of Divine Identity

  3. Jesus and the Victory of God

  4. Echoes of Scripture in the Letters of Paul

  5. Paul’s Use of Old Testament Yahweh-Texts and Its Implications for His Christology

  6. The Journal of Theological Studies, 2025, 1–2






 
 
 

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